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Culture kanak

La coutume

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  • 8 décembre 2022
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La coutume

Passeport indispensable à la compréhension de la culture kanake, la coutume est à la fois simple et complexe. Avant tout, il s’agit d’un concept qui représente, comme son nom l’indique, la tradition, l’usage social, la bienséance. Socle de la culture aux îles Loyauté, elle représente la morale traditionnelle, fondée sur la nature des liens sociaux. La coutume est omniprésente et a su survivre et s’adapter au fil des siècles avec l’arrivée du protestantisme et du catholicisme.

L'organisation sociale

Aux Loyauté, le voyageur ira de tribu en tribu. Le terme de « tribu » a été inventé par l’administration coloniale pour désigner les réserves, espaces protégés où étaient regroupés les Kanaks. En 1867 et au regard du droit, la personnalité juridique de la « tribu » est reconnue pour la première fois. Le terme désigne aujourd’hui aussi bien les chefferies, que les zones d’habitations où vivent leurs membres.

Sur l’ensemble des trois îles, soixante tribus sont implantées. Elles sont administrées par des petits chefs qui veillent à la cohésion sociale. Le petit chef est nommé par un grand chef qui règne sur un district pouvant regrouper une ou plusieurs tribus. Sur les trois îles principales, Lifou, Maré et Ouvéa, on compte une quinzaine de grands chefs. Garants de l’autorité coutumière, ils sont à la tête d’un système social complexe. À Maré, le district dominant est celui de Guahma, tandis qu’à Ouvéa, le plus important est celui de Fayaoué.

À l’intérieur de chaque district, composé de plusieurs clans, les tâches sociales sont définies. Un clan sera ainsi chargé d’entretenir le champ du chef, un autre clan sera le dépositaire de la mémoire du district. À une échelle plus petite, l’unité sociale élémentaire est la famille, souvent élargie aux parents de l’homme et à ses frères et sœurs non mariés.

Cette grande famille sera apparentée à d’autres par filiation patrilinéaire. La notion de clan apparaît. Les membres d’un clan seraient ainsi tous les descendants d’un ancêtre mythique commun. Si un individu prend sa place dans le clan du père, il reste attaché, tout au long de sa vie, au clan de sa mère. Les oncles maternels jouent d’ailleurs un rôle important dans les cérémonies de mariages et les deuils. Ces alliances des clans paternel et maternel permettent de maintenir une certaine cohésion sociale dans les îles.

Le statut coutumier

En vertu de l’article 75 de la constitution française, les Kanaks peuvent bénéficier du statut coutumier. Différent du statut de droit commun, il s’applique dans quatre domaines principaux :

le statut civil coutumier (naissance, mariage, décès) ;
les palabres coutumiers, seuls documents écrits manifestant la volonté des autorités coutumières ;
la médiation pénale,qui reconnaît la présence d’un assesseur coutumier auprès du juge d’instance ;
le foncier : les îles Loyauté ayant été déclarées réserves intégrales au moment de la colonisation, les terres y sont toutes coutumières alors que, sur la Grande Terre, les terres peuvent être privées, collectives ou coutumières.

Quand on parle de statut civil coutumier, il convient de distinguer, d’une part, le statut qui est un cadre d’organisation de la coutume par l’administration, et de l’autre, la coutume elle-même.

À l’origine de la création de ce statut particulier se trouve l’idée que le mode de vie mélanésien n’est pas réductible au mode de vie occidental, notamment en regard du Code civil. Pour éviter une déstructuration trop brutale, le législateur a souhaité laisser aux Kanaks la possibilité de vivre selon leur mode de vie propre. Les Kanaks sont très attachés à leur statut coutumier et peu d’entre eux souhaitent en changer. Ils y sont fidèles pour des raisons historiques, comme l’aboutissement de leur revendication identitaire, pour des raisons foncières, parce qu’il protège les réserves, mais aussi parce qu’ils se reconnaissent dans ses règles plus que dans celles du droit commun. Un grand nombre de personnes de statut civil coutumier ne réalisent, bien souvent, leur situation qu’en cas d’adoption coutumière, de tutelle, de succession, ou encore de changement de nom ou de prénom.

La coexistence de deux statuts civils est reconnue dans l’article 75 de la Constitution française de 1958 qui stipule que « les citoyens de la République qui n’ont pas le statut civil de droit commun conservent leur statut personnel tant qu’ils n’y ont pas renoncé ».

Des juridictions adaptées
Jusqu’en 1988, le statut personnel des Kanaks était matérialisé par l’existence d’un système d’état civil, avec ses règles propres et des registres d’état civil spécifiques. Mais il n’existait pas de juridiction en mesure de dire le droit coutumier : la juridiction avec assesseurs coutumiers, instaurée en 1982, n’a été installée dans les faits que huit ans plus tard. Pour démultiplier son action, ont été créées deux sections détachées du Tribunal de première instance de Nouméa, l’une à Koné (Province Nord) et l’autre à Lifou (Province des Iles). Les accords de Matignon-Oudinot incitent l’institution judiciaire à aller à la rencontre des populations kanakes, en se rapprochant à la fois géographiquement d’elles et culturellement de ces plaideurs d’un nouveau type avec des litiges et des règles qui a priori déroutent les juristes occidentaux.

Les sections détachées peuvent désormais traiter des litiges civils de droit commun et des litiges opposant les personnes de statut coutumier. La justice de la République est ainsi, et pour la première fois, accessible aux populations mélanésiennes. Ainsi sont créées les conditions d’apparition d’une « coutume judiciaire », fondée sur des décisions jurisprudentielles prises dans le respect d’un contexte sociologique particulier. Il s’instaure une dynamique fondée sur le contact du magistrat avec le “terrain”, son dialogue avec ses assesseurs, sa connaissance et son attachement pour le pays lui-même.

Les assesseurs coutumiers
L’ordonnance n° 82-877 du 15 Octobre 1982 a institué les assesseurs coutumiers en Nouvelle-Calédonie au tribunal civil de première instance et à la cour d’appel. Ces assesseurs coutumiers complètent le tribunal dans le cadre de litiges entre personnes de statut civil coutumier.

Le « tribunal coutumier », constitué d’un juge civil et d’assesseurs coutumiers (toujours majoritaires en première instance), tranche les conflits qui émaillent le quotidien des clans et des villages, comme la garde des enfants en cas de séparation des époux. La voix des assesseurs est délibérative, ce qui signifie qu’elle vaut autant que celle du juge professionnel. Les assesseurs sont aussi présents au niveau de la cour d’appel, où ils ont aussi le même pouvoir de décision que les magistrats professionnels.

Le mariage coutumier
En cas de mariage entre deux personnes de statut différent, la règle de droit commun prévaut, mais l’époux de statut particulier conserve son statut, sauf renonciation expresse.

Dans le cas d’époux de statut particulier, la dissolution du mariage ne peut intervenir qu’après l’accord de leurs clans respectifs et la succession est réglée selon le principe coutumier. En milieu mélanésien, le mariage conduit la femme à vivre dans le clan de son mari. À la dissolution de l’union, par décès ou par divorce, les biens acquis par les époux restent dans le clan du mari.

L'oncle utérin

On l’appelle « tonton » et non « papa ». Le « tonton », dans la culture kanake, signifie l’oncle maternel, par distinction du « papa », le frère ou le cousin du père. Cette différence nominative illustre les rôles différents de ces oncles. Les premiers, utérins, occupent une place très importante, car ils symbolisent, comme la mère, le don du sang, le souffle de la vie. Les seconds, paternels, sont censés avoir apporté le seul squelette de l’enfant.

Les oncles utérins sont donc présents aux étapes primordiales de la vie. À la naissance d’un enfant, les « tontons » doivent être prévenus en premier. Par un geste coutumier, le clan du père du nouveau-né remerciera le clan maternel. Celui-ci lui a donné une femme fertile, il a offert la vie à son nourrisson. Cette stature de l’oncle maternel entraîne une attitude de déférence de la part du neveu.

Quand un enfant aux îles va chez ses « tontons », il respecte certains tabous. Il ne doit pas, par exemple, cueillir des fruits ou prendre un animal sur les terres de ses oncles. La tradition dit que l’arbre ne donnerait plus de fruits et que l’animal risquerait de mourir.

Le caractère quasi-sacré de ces oncles apparaît encore lorsque le neveu se blesse et perd son sang. Les parents, avec des dons conséquents, doivent demander pardon au tonton. L’oncle peut alors faire des remontrances aux parents, il peut leur reprocher de ne pas faire assez attention à son sang. À Maré, cette coutume reste de nos jours très vivace. Même blessé légèrement, un jeune adulte doit aller s’excuser auprès de ses oncles à la suite d’un accident.

Ces devoirs du clan paternel vis-à-vis du clan maternel ne peuvent se comprendre uniquement à sens unique. Le neveu est, en effet, considéré comme roi par ses « tontons ». Ces derniers le voient comme une réincarnation de leurs ancêtres.

La proximité de ces liens, entre neveu et oncle utérin, va s’observer une nouvelle fois lors de l’étape du mariage. Avant la cérémonie, le futur marié doit travailler pour offrir un don à son oncle maternel. Le clan de ses « tontons » est aussi attendu que celui de la mariée pendant le mariage coutumier. Ce dernier ne commencera d’ailleurs qu’avec l’arrivée du clan utérin auquel on redistribuera une part des dons récoltés pendant la cérémonie. Ultime étape de la vie où apparaît encore l’importance de ces oncles : la mort. Les membres du clan des « tontons » vont habiller le défunt et fermer le cercueil. Ils reçoivent aussi les biens matériels de la personne décédée et ses vêtements. Une façon symbolique de rappeler que les tontons sont à l’origine de la vie.

Rites initiatiques

Malgré l’influence de l’Occident et de la modernité, les traditions restent vivaces aux îles. Ainsi, il n’est pas rare de voir des adolescents ou de jeunes adultes portant une barbe pubère. Le rasage d’un jeune garçon est un rite de passage avec ses codes respectés encore aujourd’hui.

Il signifie que le jeune adulte est en âge de se marier, que le cap de l’adolescence est passé. Dans ces conditions, le garçon ne touche pas seul à sa barbe. Les jeunes rasés de l’année précédente viendront le chercher le moment venu. Une assemblée des initiés se forme. Une fois la barbe coupée, le jeune, devenu déjà un peu adulte, est présenté aux nouveaux mariés de la tribu puis à ses parents. Autrefois, cette coutume s’accomplissait quand le jeune homme entrait dans sa vingt-deuxième ou vingt-troisième année. Aujourd’hui, la moyenne d’âge des rasés a tendance à diminuer, en fonction de la scolarité du jeune et d’autres impératifs sociaux. À Lifou, le jeune garçon initié doit ensuite se raser régulièrement, car la barbe est réservée aux anciens. Une fois le rite accompli, les adultes seront plus tolérants avec l’initié s’ils le trouvent en train de consommer de l’alcool, de fumer ou en compagnie d’une jeune fille.

Pour les filles des îles, un rite initiatique est encore pratiqué au moment de l’apparition des premières menstruations. À Lifou, les mères peuvent ainsi faire boire à leurs filles un breuvage à base de plantes et d’eau de mer. Il peut provoquer diarrhées et vomissements. L’adolescente se doit de résister à la fatigue. Dans le cas contraire, son comportement laissera supposer qu’elle a eu des rapports sexuels avant d’avoir eu ses règles. La tradition voulait que la jeune vierge puisse être demandée en mariage une fois le rite accompli.

Le mariage

Ils peuvent avoir la mine des mauvais jours. Les nouveaux époux ne sourient pas toujours devant les objectifs des appareils photo lors de leur mariage. La cérémonie représente en effet un moment crucial : le passage à l’âge adulte et aux responsabilités.

La femme s’apprête à quitter son clan pour celui de son mari. La valise remplie de robes mission qu’on lui offre à l’occasion de cette cérémonie symbolise la nouvelle vie qui l’attend. Avec le mariage, l’homme prend, lui, sa place entière dans la coutume. Il s’exprimera plus facilement en public, car il sera plus respecté des anciens.

S’il peut être une histoire d’amour, le mariage kanak aux îles Loyauté résulte aussi de relations claniques. Il existe ainsi des mariages arrangés, même s’ils sont moins nombreux qu’auparavant. L’importance des liens sociaux apparaît de manière évidente lors des cérémonies qui précèdent le mariage civil et sa célébration religieuse.

À Lifou, la famille du marié reçoit pendant plusieurs jours des offrandes, venues de son clan et d’autres relations, accompagnées de discours. Dans le même temps, elle accueille et nourrit la famille de la future épouse. Ces journées scellent, au-delà de l’union des époux, l’alliance de deux clans. On y échange des paroles, des sermons et des ignames. À Maré, les tubercules occupent une place importante dans cette cérémonie traditionnelle. Les ignames sont successivement disposées en monticules le long d’un cercle imaginaire. Une fois le cercle fermé, le mariage coutumier est terminé. Le temps d’un nouveau partage s’ouvre. La famille de la fille peut recevoir une importante somme d’argent. Elle provient de la contribution financière du clan du marié et des familles qui sont venues présenter leur coutume. Si cette contribution financière peut être assimilée à l’achat de l’épouse, elle entre plus globalement dans un système culturel complexe. L’argent, qui s’est substitué aux nattes et aux ignames, est destiné à compenser la perte de la jeune femme pour sa famille et à remercier la mère de la mariée.

Grande chefferie

Les photos ne sont pas toujours les bienvenues et une tenue décente est de rigueur. Quand on approche une case de grand chef aux îles, une démarche respectueuse s’impose. Il faut dire que l’habitation est un lieu important. Ici, on reçoit les invités de marque du grand chef. C’est là également que se prennent les grandes décisions concernant l’organisation du district.

Construite en bois et en paille, la case de grand chef se distingue par sa taille et par sa barrière. Elle est la plus grande du district, comme celle de Hnathalo à Lifou, et une haie de bois l’entoure. Aux îles, certaines de ces barrières, parfois inclinées, auraient plusieurs siècles. Les cases de grand chef ne disposent que d’une entrée principale, sans porte, ornée de chambranles.

À Lifou, les cases de grandes chefferies sont appelées « umepö ». Le poteau central, inatr en Lifou, est de taille monumentale : il représente le chef. Les poteaux périphériques symbolisent, eux, les chefs de clan ou de lignage. La construction de cette habitation reflète l’organisation sociale, car les clans jouent un rôle particulier. Ainsi, dans le district du Wetr, à Lifou, un seul clan a en charge la fabrication de la corbeille qui sera placée en haut de l’édifice. Mais loin de révéler une absolue domination du grand chef sur les autres clans, cette case ne dit pas tout des liens qui unissent le personnage principal du district aux autres. Certains clans, pourtant habitant sur le territoire de la chefferie, ne sont pas représentés dans la construction de la case. Ils auraient une relative indépendance vis-à-vis du grand chef.

L'igname

Dans le monde kanak, l’igname, offrande de la terre-mère, revêt une dimension sacrée. Son cycle de croissance rythme la vie des hommes et, dans chacune des îles, sa récolte occasionne d’importantes cérémonies coutumières. Elle est également l’une des principales valeurs d’échange lors d’autres événements intertribaux.

L’igname sacrée : en pays kanak, l’igname est issue d’un monde magique et inconnu des hommes. Manifestation de l’ordre divin, elle naît, meurt et renaît sans cesse. Elle éclaire le chemin des hommes qui, en la plantant et en la récoltant, participent à la création du monde. L’igname est présente à chacune des étapes de la vie comme la naissance, le mariage, le deuil, le divorce, les alliances. Au centre de tous les échanges, aujourd’hui encore, elle scelle les contrats et honore la Parole.

Le clan du père : l’igname est symboliquement mâle. Reliée au soleil, au sec et au feu, elle représente la puissance du clan paternel. Très important, le moment de la plantation permet la transmission de cette puissance. Elle s’effectue au travers d’un geste symbolique, celui de mettre en contact les semenceaux avec des pierres à ignames. Objets sacrés, ces pierres matérialisent l’esprit des défunts.

La récolte comme une naissance : même sortie de terre, l’igname conserve son âme. On l’accueille dans le monde des hommes avec la plus scrupuleuse attention. « L’homme qui prend une igname à la main ne le fait pas comme il le ferait de tout objet sacré. […] il glisse sa main sous l’extrémité qu’on appelle la tête afin de la soutenir et d’éviter qu’elle se brise sous son propre poids. Il la tient ainsi avec la douceur que l’on met à porter un enfant nouveau-né dont on soutient la tête de peur qu’elle tombe. » (Maurice Leenhardt, Do Kamo, La personne et le mythe dans le monde mélanésien).

Les ignames de prémices : l’apparition de la constellation des Pléiades au-dessus de l’horizon signale une étape primordiale, le moment de la récolte des premiers tubercules (les ignames de prémices). Traditionnellement réservées à la lignée paternelle et aux vieux du clan, ces ignames exigent plus de soins en culture que les autres ignames.

La fête des ignames : du mois de février au mois d’avril, lorsque tous les tubercules peuvent être récoltés, chaque clan apporte à la chefferie quelques ignames cultivées à cet effet. Cette coutume autorise la libre consommation qui est alors célébrée par la « fête des ignames nouvelles ».

Des variétés distinctes : une distinction hiérarchique est établie entre les différentes catégories d’ignames. Ainsi, « les vraies ignames » sont les ignames de première catégorie. Implantées dans le terroir depuis longtemps, elles sont à la base de tous les échanges et sont pleinement intégrées dans les cérémonies coutumières. Les Kanaks les distinguent des ignames ordinaires que l’on peut consommer quotidiennement. Quant aux ignames semi-sauvages, elles servent de récolte d’appoint.

Koko etha, l’igname vénérée à Lifou : avant l’arrivée des premiers missionnaires, les habitants de Lifou vouaient un culte à Koko etha, l’igname sacrée. En signe de respect, les sujets s’inclinaient lorsque le grand prêtre levait l’igname blanche pure. On raconte que, le jour des offrandes pour les ignames nouvelles, une boule de feu brisa en deux une falaise qu’elle avait percutée. C’est alors que le dieu igname demanda aux habitants de Lifou d’accepter l’homme qui un jour parlerait d’un autre dieu, « le vrai dieu ». Ils s’exécutèrent. Ils adorèrent l’igname sacrée jusqu’à ce qu’un homme vienne et parle d’un autre dieu.

Les contes

Des lutins esprits de la forêt, des diables et des jeunes filles peuplent les contes des îles Loyauté. Si la transmission orale de ces histoires est moindre aujourd’hui, elle renseigne pourtant sur la conception du monde en milieu kanak et permet de mieux comprendre les liens du visible et de l’invisible, de la terre et de la mer, des clans aînés et cadets.

Cette dualité des éléments et de l’organisation sociale se retrouve au commencement des contes. Leurs personnages principaux peuvent être deux frères (comme les Gugumelan, deux frères siamois — conte d’Ouvéa), deux sœurs, deux lutins ou bien d’autres paires comme un grand-père et son petit-fils, un oncle utérin et son neveu. Cette parité refléterait un élément essentiel de la cohésion du groupe : celui-ci ne peut exister que par un équilibre entre deux éléments.

Aux Loyauté, les mythes font également souvent référence à un territoire. Le plus connu d’entre eux, Le Poulpe et le Rat, raconte l’inimitié des deux animaux, mais aussi le périple à Tiga d’un poulpe de Lifou. Un conte d’Ouvéa, qui décrit la fuite de deux hommes de Canala jusqu’à Mouli, évoque, lui, les liens anciens entre Canala et Ouvéa. Ces éléments spatiaux se retrouvent encore dans d’autres contes, ceux qui appartiennent aux clans terriens ou à certaines chefferies.

Les mythes peuvent même donner une indication sur l’origine du groupe : des familles peuvent « sortir » d’une grotte ou d’un trou. Dans le même registre, celui de la création, les personnages féminins occupent une place importante dans la tradition orale. Une femme, souvent vieille, devient celle qui ordonne les clans et leur donne vie. Cette figure symbolique de la mère trouve un prolongement dans l’importance accordée aux îles aux oncles utérins.

Le geste coutumier

Il existe, dans le monde mélanésien des gestes, des paroles qui entourent certaines actions de la vie quotidienne. Par exemple, lors de l’arrivée ou du départ de chez une personne, on accomplit le « geste coutumier ».

L’ensemble des pays Nengone (Maré), Toka (Tiga), Drehu (Lifou) et Iaaï (Ouvéa) quel que soit le district, est régi par le pene nod (Maré), qene noj (Tiga et Lifou), hwen hnyei ou faga manaha (Ouvéa), ensemble de règles collectives de vie construites sur le respect de la personne, du devoir, de la parole et de la relation.

Lorsque l’on pénètre dans un district (sous l’autorité d’une chefferie), il est préférable de se signaler, en signe de respect, au toan (Maré), amekötine (Tiga et Lifou), than ou aliki (Ouvéa), personne chargée par une chefferie de la gestion d’une tribu.

Le premier maillon de l’accueil est appelé shudru waruma (Maré), qëmêk (Tiga et Lifou), sigâa (Ouvéa) ; ce geste, souvent matérialisé par un bout de tissu, est en réalité une manière de remercier le Guide Invisible qui nous a accompagné et permis la rencontre. C’est à cette occasion que, souvent, l’arrivant expose ses intentions.

Le temps de la rencontre est toujours le temps du silence et de la connaissance. Le shudru waruma est enfin une manière de garantir le séjour du point de vue sécuritaire : le voyageur se met sous la protection bienveillante de ses hôtes. Il devient ainsi l’un des maillons de la relation communautaire. La parole étant précieuse, il est recommandé de garder le silence pendant les remerciements de l’hôte, signe de respect et d’humilité envers la personne qui parle.

Le shudru waruma reste aussi le premier devoir lorsque l’on est amené à s’introduire chez des particuliers.

À vOiR AuSsI :

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